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    October 03

    DEUX ANS

    Deux ans sans le souffle vert
    L’appel des sapins triste anniversaire
    Qui réclame un peu de sève pour couler
    Sur les déchets de ma belle forêt
    Bientôt il faut le croire se dresseront
    Les cages à humains les carrés de moellons
    Les projets d’une vie sur cimetière naturel
    Un bout de pelouse pour dire j’habite à la campagne
    C’est une place de force qui se gagne
    Sur ce que je croyais s’élever jusqu’au ciel
    Ma douce épineuse je n’ai pas fais le deuil
    Sous mes yeux tes reliefs pointus comme des écueils
    Ont rendu ma navigation pénible et dangereuse
    Je croyais immuable d’être heureuse
    A regarder le vent agiter tes voiles inutiles
    Je croyais le temps incapable de surprises débiles
    J’avais foi dans ton immortalité
    Ton souvenir peint sur toile silencieuse et rebelle
    A fait grimper à nouveau mon chagrin à l’échelle
    Pour chacun de tes arbres je ne suis que regret
    May 23

    CHRONIQUE D'UNE FORET DISPARUE

    Je t’aimais forêt artificielle

    Essences étrangères acclimatées comme moi

    Plantées ailleurs et repiquées en cet endroit

    Elevant ma conscience dans ce carré de ciel

    J’aimais l’accent des tes bois tes cris dans le vent

    Le crépitement des vieux branchages sous mes pas

    Tu racontais la souffrance des hommes de là-bas

    Qui plantaient l’espérance pour leurs enfants

    Enracinant leurs vies sous ces nouvelles latitudes

    Arrosant ces pousses de sueurs ou de larmes

    Pour abreuver la vie et ses mouvantes habitudes

    Que reste t’il de tes parfums de charme

    Où logent à présent tes nombreux invités

    Sont ils comme moi toujours à se lamenter

    Parcourent ils d’autres feuillages plus sucrés

    Je m’ennuie des tes musiques parfumées

    De tes appels bruissants sur mes sens acérés

    Du pivert qui sans doute n’avait jamais habité

    Ailleurs où sont ils ces oiseaux de malheur

    Ces victimes innocentes qui ont vu leur demeure

    Réduite à un carré d’herbe pour maisons d’hommes

    Leur nids comptent moins que les notre en somme

     

    February 23

    QUELQUES ARBRES DE PLUS

    Il restait un bouquet d’arbres

    Géants échevelés rachitiques et nus

    Une poignée paysage glabre

    Dans les matins tristes et déçus

    Leur souvenir figé dans mon disque dur

    Se grave pour combien de temps

    Génération arrachée au vent

    Volée à l’hiver pour achever ma blessure

    Le paysage a muté sans histoire

    Mutilé le tableau mon désespoir

    Mon chagrin contrarie

    Poids sur des consciences ternies

    Les quelques survivants sont partis

    Vers d’obscures et méchantes scieries

    Photosynthèse superflue évanouie

    Bouche close sur oxygène tarie

    November 27

    VOIR MOURIR UNE FORET

    Je ne suis pas « tentée de regretter la disparition » de ma forêt

    Les euphémismes sont fait pour les semeurs d’avenirs

    Ceux qui plantent du bitume sur mes profonds soupirs

    Je ne suis pas « tentée » par le chagrin qui m’a dévoré

    Je regrette la disparition des chênes épicéas douglas

    Qui montaient droits au ciel investissant l’espace

    Abritant un faune qui avait pris sa place

    Je déplore chaque jour cet aspect qui me glace

    Ravage carnage j’habitais à l’orée d’une sapinière

    Des mains de géants ont broyés mon univers

    J’enrage à l’idée qu’on se gausse

    De mes chagrins mineurs

    Dix huit mille arbres faisaient mon bonheur

    Que pour moi seule une forêt se hausse

    A toucher les étoiles ça ne me dérangeait pas

    Qu’on l’arrache pour mettre des maisons là

    Pouvais-je dire que ça me laissait indifférente

    Je parle j’écris sans être déférente

    Sans haine non plus je l’ai déjà dit

    Le maître céans à fait ce qu’il a cru être le mieux

    Je dis juste que le mieux me semble vilenie

    Peut on m’empêcher de clamer ce que je veux

    Je dis qu’aujourd’hui chaque arbre compte

    Et que les scientifiques ne nous font pas des contes

    Lorsqu’ils affirment qu’on en a déjà trop enlevé

    Mes milliers d’illusions s’étaient déjà enfuies

    Bien avant que nous traversions cette nuit

    Pas un instant je n’ai cru que d’autres seraient semés

    Je dis que la terre souffre lorsque ses enfants meurent

    Que Ronsard le savait bien avant que je pleure

    On parle de « la disparition de cet écrin de verdure »

    C’est comme si l’on me crachait à la figure

    Mon village comme la grenouille de la fable

    Veut se développer grandir est-ce raisonnable

    Je n’ai pas de réponse ces projets sont louables

    Le dynamisme convaincant la sincérité véritable

    Je le sais laissez moi triturer en paix ma dent creuse

    Ma forêt est partie laissez moi malheureuse

    Rêver qu’elle protège encore mon logis

    Cherchez ailleurs l’incarnation de vos consciences

    Le bien pour un mal je n’ai pas la prescience

    Jamais je n’ai tordu aussi bas mon esprit

    Et je ferais bon accueil si un jour ils s’amènent

    A ces nouveaux venus qui comprendront ma peine

    D’avoir vu de mes yeux déraciner et dénuder des troncs

    Pour qu’on puisse à la place faire pousser leurs maisons

     

    -o-

    « Contre les bûcherons de la forêt de Gastine » Pierre de Ronsard

    http://www.jlg-menuiserie.com/Poemes/Ronsard.html

    Poème servant à prouver trois choses :

    1. L’histoire se répète toujours.
    2. La poésie n’a aucun pouvoir.
    3. Quatre siècle plus tard, on en parle encore.

    -o-

    Ma forêt de Gastine

    L’information par ceux qui font l’action :

    http://roybon.fr/cms_roybon/index.php?page=mutation-d-un-paysage-la-sapiniere

    Mutations d’un paysage, la Sapinière

    http://roybon.fr/cms_roybon/index.php?page=projets-municipaux

    http://roybon.fr/cms_roybon/index.php?page=comptes-rendus-des-conseils-municipaux

    Dans celui du 3 octobre lisez la :

    CHARTE D’ENGAGEMENT EN FAVEUR DE LA PROMOTION DU BOIS

    « … à l’utilisation contrôlée des bois, en général et notamment des bois issus de forêts anciennes en s’assurant qu’ils sont issus de forêts gérées durablement »

    October 04

    FORET

    Un an déjà que ma forêt s’en est allée

    Rejoindre les tas de bois à meubles blancs

    Consommation inutile à jeter au banc

    De sombres desseins immobiliers

    Un an déjà qu’il n’y a plus l’ombre

    D’un corbeau pour troubler les sommeils matinaux

    Otée la tâche de ce vert sombre

    Qui enchantait la vue de l’autre coteau

    Un an que nous n’avons plus entendu le pivert

    Qui tapait le matin en quête de petits vers

    Plus de grincement de craquement plus de vie

    L’esprit naturel s’est en allé d’ici

    Que valent les promesses de ceux qui les ont arrachés

    Ils pensent vraiment qu’ici des arbres il y en a bien assez

    Et jamais ils n’iront ailleurs les replanter

    Un an qu’il me semble être seule à regretter

    Les reliefs d’une cabane abandonnée

    Et les traits d’un grand cerf que j’avais approché

     

    October 01

    JE SUIS RESIGNEE

    Ce matin encore un arbre pendant que je rentrais

    La forêt tombe personne n’a bronché

    On entend de la maison le bruit des moteurs qui grondent

    Puis le sinistre craquement lorsque sa vie s’en va

    J’entends et je reçois les ondes

    Sinistres de la grande plainte de Gaïa

    Forêt artificielle condamnée d’avance

    A peine plantée elle connaissait déjà son échéance

    Elle avait peur du feu ou du vent

    Mais c’est la main de l’homme qui brise son élan

    Bien sûr je peux comprendre il y a besoin de place

    Pour accueillir les gens qui n’aiment plus la ville

    Et il est préférable qu’autour du village on s’entasse

    Les milliers d’arguments sont tous très valables

    Je ne conteste rien mais tout cela m’accable

    Je ne souhaite pas forcément que tu changes de chemin

    Mais je veux comme moi que tu éprouves du chagrin

    Et que tu penses aux hommes qui l’avait plantée

    Cette forêt et que tu penses aux arbres en train de crever

    Je sais que certains choix sont toujours difficiles

    Et que tu ne prends pas tes décisions à la légère

    Mais je veux que tu te rappelles la promesse

    De planter d’autres vies avec délicatesse

    Car si tu es soucieux comme moi de l’avenir de la terre

    Ce n’est pas des maïs que tu planteras là

    S’il te plait plante d’autres arbres n’oublie pas

    Et ne sous-estime pas le chagrin de ma fille

    Son enfance s’envole alors qu’on démaquille

    Le visage enchanté de son enfance

    Et la ronde des lutins qui dansent

    Des fées des elfes s’achève aujourd’hui

    La magie de ces lieux à jamais évanouie